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ECRIRE et PARTAGER
tels sont les objectifs de l’atelier ECRITURE CREATIVE.

ECRIRE, c’est ce que vous ferez, dans un espace privilégié, en toute liberté, à votre rythme, sans contrainte et sans complexe. Vous laisserez vagabonder votre plume ou courir vos doigts sur le clavier au gré des propositions originales qui vous seront présentées !

PARTAGER, c’est ce que vous ferez naturellement en proposant vos textes, en recevant  retours et commentaires variés, sans jugement de valeur ou compétition d’aucune sorte. Vous pourrez de même adresser critiques ou félicitations aux membres de l’atelier avec bonne humeur et convivialité.

undefined S’encourager, se stimuler pour améliorer nos écrits, s’entraîner, s’entraider dans l’aventure des mots  et dans l’univers magique de la création, tel est  le superbe voyage de l’esprit et du verbe qu’ECRITURE CREATIVE  vous propose d’entreprendre.

  

Mardi 25 mars 2008

Fin des années 70. Mon ami Fred avait eu maille à partir avec la justice. Apprenti cambrioleur il avait réussi un casse dans un magasin d’électroménager et revendu quelques lecteurs de cassettes « tombés du camion » mais vite repéré et trop shooté au kif, s’était vite fait pincé. Mon ami Fred aimait rassembler quelques amis et dépenser le fruit de ses vols en agapes dispendieuses. Aussi au bout de quelques jours il n’avait plus rien. Trois jours et nuits de folie puis la déprime au coin du feu à écouter prostré toujours la même musique. C’est ainsi que je le découvris un soir de novembre dans la petite chambre qu’il louait au centre protestant universitaire de Montpellier. « Excuses-moi, me dit il, je n’ai pas la frite et je crois que j’ai envie d’être seul. » Je me levai pour partir mais, changeant d’avis,  il me retint d’un geste. « Tu connais Shakti ? » me demanda t il énigmatique  « Euh… non c’est quoi ? » «  Ecoute et tu verras… »

Depuis quelques années on injectait de la musique Indienne dans la musique pop, le jazz fusion et dans la chanson  « verroterie » la plus kitch. Nous nous rendions bien compte qu’on nous vendait de la contre façon la plus grossière.  Mais cette fois l’on approchait de quelque chose d’autre. Les musiciens étaient des maîtres reconnus, Indiens presque tous, à l’exception du très british McLaughlin guitariste virtuose.

L’après midi passa très vite et je rentrai à pied dans la ferveur du soir un 33tours de Shakti sous le bras.

Quelques jours plus tard Fred descendait l’avenue toujours dégingandé vêtu de noir comme toujours. Il avait l’air plus flippé encore que la dernière fois. Il sorti de la poche de son caban une cassette sans sa boîte. « Nouveau Shakti » annonça t il. « Tu passes à la piaule j’ai eu un arrivage de khetama hier soir du double zéro on va écouter çà. C’est vraiment important que tu me dises ce que tu en penses. «

Arrivé  au Cup on a préparé du thé Lap Sang Souchong c’était à  la mode dans une certaine zone. Puis Fred a roulé un joint et on l’a fait tourner. Le kif était hard et suintait l’huile. Vite on a oublié si on était rentré par la porte ou par la fenêtre. Soudain je me suis aperçu qu’il y avait deux filles dans la piaule et en plus un type qui n’arrêtait pas de rire bêtement et que je ne connaissais pas.

«  C’est Shakti cette musique dit quelqu’un ? J’ai cru que s’était le boléro de Ravel ! »  Tout le monde se mit à rire et mon copain en face de moi me regardait d’un air paniqué. Je ne comprenais plus rien à ce qui se passait. Les tablas frappaient sur mes tempes comme mille gouttes de pluie sur une vitre un jour de vent marin.  Le type et une fille s’étreignaient sur le lit s’était gênant et l’autre fille semblait attendre et s’était encore plus gênant. Je souhaitais qu’ils partent ou disparaître moi-même, je ne sais plus, mais la musique m’avait physiquement ficelé au fond d’un vieux canapé. J’avais l’impression d’être pris dans les rouleaux de vagues puissantes, j’avais froid, j’avais des crampes et me sentais dans l’impossibilité de nager.  Cette impression aurait pu être passagère comment souvent lorsque l’on fume du kif, l’esprit est en désordre comme des nuages dans un ciel ravagé par le vent,  or il n’en fut rien. La fille se retrouva soudain assise à côté de moi. Elle posa la tête sur mon épaule. Elle ne m’attirait pas particulièrement à ce moment là, mais je sentis un immense besoin de la serrer contre moi pour ne pas me noyer. Elle eut un petit rire quand je la pris par la taille mais ce laissa faire et bientôt nous naviguâmes côte à côte. Le violon de Zakir Hussain déchirait nos cervelles et l’impression de couler à pic se concrétisait à chacun souffle tandis que les sirènes du Titanic hurlaient dans la nuit. Entre deux baisers nous reprenions à peine assez d’air pour replonger plus bas.

A l’aube je m’éveillais seul à ses côtés.  Fred avait déserté et l’autre couple aussi. La fille se leva vers midi et nous promîmes de nous retrouver le soir même.

Lorsque je fus seul  une terrible angoisse m’envahit. Une paranoïa liée à l’usage de la drogue sans nul doute. J’avais envie de cette solitude, que personne ne revienne pour ne pas avoir à parler ni à bouger. Mais je regrettais la douceur de la jeune fille et son absence me faisait déjà pathologiquement souffrir. Je restais prostré jusqu’à ce que la nuit tombe de nouveau.

Vers huit heures Fred fut là.  Il alluma une veilleuse et se mit aussitôt à faire du thé. Je devais sans doute donner l’impression de dormir mais j’avais la certitude d’avoir les yeux ouverts et de ne rien perdre de ce qui se passait autour de moi. La voix de Fred pourtant fort douce déchira ma cervelle endolorie.

« Alors ? Tu as remarqué ? Non je pense que tu n’as rien remarqué et pourtant je suis sur que cela est. »

« Ecoute !! » Il appuya sur une touche et mit en marche le lecteur de cassettes. La musique de Shakti encore. Je fus surpris qu’elle ne me cause aucun désagrément, bien au contraire. Je pensais à la fille. « Ecoute bien…. »A ce moment douloureusement je regagnais la surface du vide et je compris. Un bruit de mer couvrait par instant la musique qui à ce moment là s’effaçait comme une barque disparait un instant au creux d’une vague pour jaillir de nouveau comme un bouchon.

Fred poursuivit  doucement : « Cà c’est produit le weekend dernier. A la plage. J’étais avec Aurélie. Oui la fille qui était dans tes bras cette nuit. Nous avions marché il faisait froid. On à trouvé une cabane on s’y est réfugié. J’ai sorti le lecteur de mon sac, je voulais qu’elle écoute la musique de Shakti avec la voix de la mer en toile de fond. On a écouté sans rien dire sans se toucher sans rien comme çà comme si on attendait l’arrivée d’un vaisseau fantôme.

-Tu sais m’a-t-elle dit en revenant vers la ville, tu sais c’est vraiment le meilleur moment que j’ai passé avec toi depuis deux mois qu’on est ensemble. C’est dingue juste au moment ou nous avons décidé de tout arrêter. C’est comme si on avait fait une photo pour une fête d’adieu a-t-elle ajouté…. 

Cette photo sonore, la voix de l’amour et du désespoir, aucun procédé technique ne pouvait l’expliquer. Mais ce n’est pas moi qui vais me noyer avec Aurélie.

C’est toi  mon pote.

 

par Ecriture Créative publié dans : Textes des auteurs
 
 
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