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ECRIRE et PARTAGER
tels sont les objectifs de l’atelier ECRITURE CREATIVE.

ECRIRE, c’est ce que vous ferez, dans un espace privilégié, en toute liberté, à votre rythme, sans contrainte et sans complexe. Vous laisserez vagabonder votre plume ou courir vos doigts sur le clavier au gré des propositions originales qui vous seront présentées !

PARTAGER, c’est ce que vous ferez naturellement en proposant vos textes, en recevant  retours et commentaires variés, sans jugement de valeur ou compétition d’aucune sorte. Vous pourrez de même adresser critiques ou félicitations aux membres de l’atelier avec bonne humeur et convivialité.

undefined S’encourager, se stimuler pour améliorer nos écrits, s’entraîner, s’entraider dans l’aventure des mots  et dans l’univers magique de la création, tel est  le superbe voyage de l’esprit et du verbe qu’ECRITURE CREATIVE  vous propose d’entreprendre.

  

Mardi 24 juin 2008

Selon l’humeur, elle descendait la rue, plus ou moins inspirée. Sa merveilleuse démarche rarement prise en défaut. Parfois elle oubliait qu’elle portait des  talons aiguilles, elle semblait voler. De hauts talons aiguilles provocants comme seules les gitanes en portent encore. Cela l’obligeait quelque peu. A midi les murs éclatants, les volets déjà clos, la rue était vide, elle dansait une danse solaire.

 

Elle descendait vers la masse confuse de la vieille ville  dans la brume suffocante.

 

L’homme sans mémoire percevait les tictac sur le pavé, son cœur battait plus vite plus fort. La femme enfant passait devant lui, le frôlait, sans un regard. Il vivait  l’extase méridienne, le jour pouvait finir, plus rien n’importait après son passage.

 

Jamais il ne l’avait aperçue remonter la ruelle sinueuse. Que ce soit  le soir ou à n’importe quel moment du jour ou de la nuit. Sa destinée était,  semblait il, de descendre sans fin, comme la séquence exaspérante d’un film repassé  des heures durant par un esthète malade. Comme un Canto Jondo vertigineux.*

 

Il n’était à vrai dire qu’une ombre, l’ombre de lui-même. Il n’avait aucun but aucune raison d’être. Il était arrivé l’hiver précédent pour peindre. Il avait entreposé son matériel de peinture dans la chambre de cette pension minable.

 

Puis il s’était assis à la terrasse. La rue cavalcadait devant lui. Une pente sévère.

 

En face la végétation en émulsion débordait le faîte d’une toiture crevée et pendait échevelée sur un mur nécrosé autrefois badigeonné d’un ocre triste comme le désert.

 

Le jour où elle survint pour la première fois son cœur était endormi depuis des années sous des couches de cynisme.

 

Il la vit arriver au virage exigu - le martèlement de ses talons semblait donner une cadence et il s’attendit au frais fracas des claquements des mains gitanes, à la  fournaise d’une voix tourmentée.

 

La silhouette frêle occupait tout l’espace. Ce fut un ravissement. Jeune, elle l’était, bien trop pour ses pensées sensuelles. Mais femme, plus femme, il n’en avait jamais imaginé auparavant.

 

 Le sarcasme morose s’éteignit à l’intérieur de sa cervelle de damné.

 

Au passage elle balaya du regard les trois tables de la terrasse installée sur la ruelle. Mais elle ne le vit pas il en était certain.  Il crut sentir la fraîcheur d’une aile d’oiseau  puis la brûlure d’un fer chauffé à blanc.

 

Le printemps est éblouissant dans ce pays. L’âme s’y aveugle. On s’obnubile d’une seule chose durant des heures. Une saveur de thé, le mouvement d’une ombre, le parfum de la pluie au crépuscule, une haine farouche qui peut conduire à sortir la navaja.

 

L’homme ne vivait plus que pour elle. Dans un éternel présent. Sans projet de conquête. Sans projet.

 

Seul le destin le contraint à commettre l’irréparable.

 

Un jour qu’il guettait  l’instant où elle allait paraître, cet instant devenu sa seule raison de vivre, il entendit un hurlement provenant du haut de la rue.

 

Comme poussé par un ouragan il se sentit soulevé de terre et en un instant se trouva là pour la voir vaciller les bras levés s’accrochant vainement au ciel. Un autre homme, immobile,  le couteau à la main, la regardait tomber, faseyant comme la voile d’un rêve, soudain si frêle, si vulnérable.

 

L’homme au couteau ne semblait pas le voir. Il se tenait debout comme un toréador les jambes légèrement écartées, immobile. Elle, soudain presque blanche comme une Geisha trop poudrée, s’effondra à ses pieds. Le peintre déchu  se laissa tomber à  genoux auprès d’elle.

 

Le meurtrier laissa tomber son couteau qui rebondit et s’immobilisa dans l’eau claire d’une rigole puis, faisant demi-tour, descendit d’un pas très lent la rue du vertige.

 

Le peintre s’était mis à l’œuvre quelques jours après l’enterrement. Il avait suivi la cérémonie malgré les regards hostiles de presque toute la communauté. Mais on ne tue pas ce jour-là.

 

Le patron de la pension lui avait donné son accord,  il pouvait peindre sur la façade en face de la terrasse. Cela attirerait les clients. Cela apurerait l’ardoise du peintre.

 

La fresque grandit comme une voile que l’on tend. La jeune fille apparut peu à peu, telle qu’il l’avait vue, tous la reconnurent et pourtant tous disaient que ce n’était pas tout à fait elle, qu’elle était plus belle encore que la jeune gitane. Mais lui ressentait au contraire les pauvres limites de son art. Il mit toute sa vie dans cette fresque. Tous s’accordaient à la trouver divine et pourtant elle lui échappait encore.

 

Elle dansait à présent pour les clients de l’estaminet, elle qui ne s’y était jamais arrêtée même un court instant. Il en conçut une sombre jalousie. Elle semblait danser pour tous sauf pour lui.

 

Alors lui vint l’idée d’ajouter aux côtés de la jeune femme une image du  peintre en train de peindre la jeune femme un pinceau-lame à la main.

 

Il peignit cela au clair de lune puis disparut de la mémoire des gens de la ruelle.

par Ecriture Créative publié dans : Textes des auteurs
 
 
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