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1 juillet 2006 6 01 /07 /juillet /2006 15:43

Sur le chemin de terre qui mène à la ferme, un petit hérisson penseur. Il trouve que le temps se rafraîchit bien vite et qu’il serait temps pour lui de se trouver un abri pour hiberner tranquillement. Il marche à son aise, dandinant ses picots à droite puis à gauche. À la vitesse à laquelle il avance, il risque fort de ne pas arriver dans son jardin favori avant le lever du jour.

Soudain, un bruit fort le met en boule. Il ne bouge plus, tétanisé par ce qu’il vient d’entendre. Ça ressemble drôlement à un coup de fusil.

L’éclat recommence et on dirait même qu’il se rapproche.

Léon, le petit hérisson, ose relever la tête et avance un peu plus vite. Il est presque drôle à courir ainsi. Mais il a peur. Il ne pense même plus à faire un tour dans le potager, à la recherche de quelque limace bien gluante et si succulente à se mettre sous les dents. Il fonce, tête en première dans un tas de feuilles mortes.

Nous sommes fin octobre. L’automne est bien présent et les arbres se déshabillent de leurs feuilles. Léon avait déjà commencé à faire ses provisions pour l’hiver et il voulait encore un peu manger, juste histoire d’être sûr et certain de pouvoir dormir le ventre plein. Car il devra dormir longtemps, très longtemps avant de pouvoir ressortir de sa cachette.

Mais le bruit se fait de plus en plus proche. Il n’ose même pas trembler, de peur qu’on le découvre.

Une demie-heure plus tard, quand plus aucun bruit ne se fait entendre, Léon ose, timidement, creuser la terre pour sortir le bout de son museau et voir ce qu’il se passe. Rien à l’horizon si ce n’est une très vieille voiture qui n’était pas là avant. Il attends encore un instant et éclate de rire. Il avait complètement oublié que ce tas de ferrailles faisait toujours un bruit du diable quand il roulait. Le pot d’échappement était troué depuis des mois et c’est seulement maintenant qu’il se rend compte du potin qu’il fait !

Le vent froid rentre dans les petites narines du mammifère. Bien au chaud, le petit hérisson change d’avis. Tout compte fait, il est bien là parmi le tas de feuilles et de branches. Il se retourne, se remet en boule mais plus pour se tenir au chaud et garder une position confortable et ferme les yeux. Son cœur ralentit et il commence un long, très long dodo. Il ne se réveillera, bien plus tard, que quand la nature sera chaude et belle.

Par la fenêtre de la cuisine, Maxime a tout vu. Le petit garçon en pyjama va vite trouver ses parents encore au lit pour leur chuchoter qu’il ne faut surtout pas toucher aux tas de feuilles mortes du jardin, qu’il y a là dedans une merveilleuse petite boule piquante qui s’y est réfugiée.

Published by Ecriture Créative - dans H.S. des auteurs
1 juillet 2006 6 01 /07 /juillet /2006 15:42

Trois ans après ma rémission, j’avais décidé de m’octroyer un peu de souffle. Ces dernières années avaient été rudes. Rudes était le moins que l’on puisse dire. Lorsque le Dr Longway m’avait annoncé d’un air grave que j’étais atteinte d’un cancer des poumons, j’avais eu à faire face à une épreuve à laquelle je ne pensais jamais me remettre. Aujourd’hui, j’avais tourné le dos à cette lutte pour la vie et chaque jour je remerciais le ciel de m’accorder ce répit.

D’aussi loin que je me souvienne, j’avais toujours rêvé de partir à l’aventure, à la rencontre de nouvelles contrées. Le fantasme des grands espaces sans doute … Partir avec des regrets plein le cœur, je ne le voulais pas. La vie était courte, je le savais. Je ne pouvais pas laisser passer ce cadeau. Après quelques minutes de réflexion, Le désert des Tartares m’avait semblé être la destination adéquate. Le bleu du ciel me tendait les bras. Idéal pour me dépayser …

Dès la descente de l’avion, j’ai eu une étrange sensation. A vrai dire, rien de désagréable. Bien au contraire. J’étais bien. Chez moi serait l’expression la plus appropriée à la situation. J’éprouvais la satisfaction du devoir accompli. C’était comme revenir à la maison après un long voyage et être le messager d’une bonne nouvelle. En fait, je me sentais totalement connectée à mon nouvel environnement. La moiteur de l’air, la beauté du ciel, tout me rappelait quelque chose d’intime, de familier ; une partie de moi. Respirant à pleins poumons l’atmosphère de ce nouveau pays, je m’imprégnai de cette terre qui serait désormais mienne. Alors que le flot des voyageurs descendait de la carlingue, un touriste allemand me tira de mes songes. S’agitant comme un énergumène, il m’invectivait comme un beau diable. Je crus comprendre que j’obstruai le passage et dus faire un effort considérable pour revenir à la réalité des événements : il fallait que je débarrasse le plancher au plus vite avant de me faire étriper par cet hurluberlu. Difficile de s’arracher à la contemplation d’un tel spectacle. A l’écoute des moindres détails de ce nouveau paysage, je voulais tout absorber, tout voir et tout écouter. Pourtant, force était de constater mon obligation de céder à la rapacité de ces voyageurs impatients, avides d’aventures. Je devais suivre le mouvement fissa fissa. Traversant la foule, j’aperçus au loin un visage étrangement familier. C’était un jeune homme. Il avait l’air d’attendre. D’attendre quoi, je ne saurai le dire. Peut-être était-ce moi qu’il attendait ? Un jeune et grand maure, enveloppé d’un drap bleu nuit. Je ne sais ce qui m’attira vers lui, son regard clair, son air aussi perdu que le mien, quoi qu’il en soit je vins à lui sans bien m’en rendre compte. Je me trouvai maintenant à quelques centimètres de son visage. Il me fixait droit dans les yeux. Le regard était franc. Insondable. Je n’osais esquisser le moindre geste. Je le regardais me sonder. Je le laissais faire. Aujourd’hui, face à lui, j’abandonnais le combat. Le regard planté dans le sien, je restais muette. Immobile devant cet inconnu, j’attendais. Il déciderait de mon sort. Il me prit par la main et m’emmena au loin, à l’abri des indiscrets. Rien ne me semblait plus normal que cette proximité. Sans me poser plus de questions, je le suivis marchant dans ses pas. De ses grandes mains, il me souleva et m’installa avec le plus grand soin sur l’un de ses chameaux. Confortement calée, j’arrangeai la chéchia que mon jeune guide venait de me tendre. Aussitôt, nous nous mîmes religieusement en route nous éloignant petit à petit de toute civilisation. Après trois heures de traversée, nous ne nous étions toujours pas adressés la parole. Je ne connaissais toujours pas le nom de ce touareg. Mais peu m’importait … L’essentiel était ailleurs, je le sentais …

Le mystère de ces territoires désertiques m’avait toujours fascinée. Aujourd’hui, entourée par ces montagnes majestueuses, je reprenais des forces. De la montagne magique que je voyais se découper sur cette immensité, j’y puisais toute l’énergie nécessaire. Laissant mes yeux s’imprégner de toute la beauté de cet endroit, je commençais à comprendre ce que venaient chercher les nomades. Petit à petit, je m’habituais à l’obscurité ambiante. Mon jeune guide venait de s’arrêter devant ce qui semblait être une oasis. Je me rapprochais de lui et vis qu’il me faisait signe de descendre de ma monture, ce que je fis aussitôt. Me tirant par la main, il m’emmena jusqu’à un groupe d’hommes réuni autour d’un feu. Je n’osais m’en approcher.

Repensant aux dernières heures écoulées, je m’étonnais encore de tout ce chemin parcouru. Quelques heures auparavant, j’étais à des années lumières de cette vie où tout semblait si simple. Des mains me tirèrent tout à coup de ma rêverie et s’agrippèrent de tout leur poids à mes vêtements. Des enfants, garçons et fillettes m’entraînèrent dans leur ronde, pépiant et riant de bon cœur. Entraînée par leurs joies communicatives, je me laissais faire, les suivant dans leurs joyeuses danses. Tournoyant sur moi-même, je sentais comme une douce euphorie m’envahir. C’était si bon de rire. Je ne pensais plus à rien. La musique et la chaleur ambiante guidaient mes pas. L’atmosphère joyeuse et bonne enfant me rendait béate. J’avais envie de me laisser porter par le rythme de cette mélopée. Me fondre dans la danse. Tourner et voguer jusqu’à en prendre la tête. Me sentir légère comme le vent. Oui, c’était si bon de se sentir revivre … Prise par le tournis de la farandole, je rejoignis le groupe assis autour du feu. Le soir commençait à tomber et les derniers rayons du soleil rendaient encore plus intenses les couleurs du désert. Un étrange sortilège s’exerçait sur moi de façon imperceptible. Je n’avais pas encore trouvé le mode d’emploi du bonheur mais je sentais que je m’en rapprochais. Les modifications internes dues à mon cancer seraient bientôt un mauvais souvenir et appartiendraient à une autre vie. Je le pressentais. Cette méharée me sauverait.

A mon arrivée, je n’avais vu aucune femme aux alentours. J’avais été d’autant plus intriguée lorsque les enfants m’avaient attiré dans leur ronde. Je voulais en savoir davantage. Embrumée par les vapeurs d’alcool de mes hôtes, je questionnai l’un de mes voisins. L’homme, le fusil de chasse en bandoulière, se redressa et me répondit tout de go : « Les enfants de minuit ». Je n’eus le droit à aucune autre forme d’explication. Je savais que je devrais me contenter de cette réponse laconique. Reportant mon attention sur le feu, je vis un homme me faire signe. Il venait de faire bouillir le tombac et y ajoutait à présent du miel et un peu de citron fourrant habilement le narguilé qu’il me tendit. La pipe de chicha dans les mains, je me sentais aussi à l’aise qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine. L’homme se leva et m’aida à inhaler la fumée. Les volutes s’engouffrèrent dans mon esprit imbibé et me firent partir dans des sensations jusque-là inconnues. Dans un état semi comateux, je ne sais si le jour s’était levé ou si je baignais en pleine euphorie, je vis des couleurs magiques où se mêlaient jasmins et bougainvilliers. Je marchais à travers eux, caressant de mes mains fiévreuses l’écorce des palmiers. Avançant toujours plus profondément dans les limbes de cette douce oasis, je me repaissais de la beauté des fruits qui ployaient des orangers, citronniers, mandariniers, caroubiers, et autres grenadiers. Lauriers et figues s’offraient à mes sens. Une délicieuse caresse vint me chatouiller le visage. Ma tête baignait dans la lumière. A l’image de Scarlett O’Hara dans « Autant en emporte le vent », je venais de trouver ma terre d’asile. A cet instant, Je savais que je ne repartirai pas. J’étais là parmi eux. J’étais arrivée au bout du chemin. La beauté de cet Eden me rendait humble et forçait le respect. Au milieu de ce jardin, je profitais du calme tout relatif de cette nouvelle journée qu’il m’était donné de vivre. Gorgés de soleil, les dattes s’offraient à mes lèvres gourmandes. Tendant ma bouche vers le fruit juteux, je n’avais plus qu’une idée en tête : me gaver de bonheur.

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