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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 15:16

 

Il l'a écrit, réécrit, corrigé, modifié, approfondi, lu et relu et finalement adopté. Il lui a sacrifié 5 longues années de sa vie. Rien n'a suffi. Les maisons d'édition l'ont impitoyablement rejeté. Par courrier, quand elles répondaient, d'une manière propre et nette, les réponses, toujours les mêmes, lui laissaient toutes un goût amer. Elles le scandalisaient, le révoltaient, le dégoûtaient, le blessaient au plus profond de son âme mais aucune n'entamait sa détermination. Au contraire, elles renforçaient sa volonté. Elles accroissaient sa pugnacité, son acharnement à décrocher le Graal, ce fameux contrat tant espéré qui ferait de lui le maître incontesté du roman contemporain. Car lui savait. Il n'avait pas seulement pondu un livre, il avait écrit le roman de toute une génération, la sienne, qui influencera forcément toutes celles qui suivront.

Il se sentait comme tous ces génies incompris, comme ces inventeurs pas encore entrés dans ne serait-ce qu'une lueur. Lui allait briller. Il en était persuadé. Il sortirait de cette ombre opaque qui l'enveloppait jusqu'à l'étouffer. Les maisons d'édition se le disputeront. Lorsqu'elles le verront enfin en chair et en os, elles comprendront. Lorsqu'il leur parlera, les yeux dans les yeux, il les convaincra.

Pour l'instant, il était conscient de l'immense injustice dans laquelle il se débattait. Il savait qu'aucun éditeur ne s'était donné la peine de s'aventurer dans ses 1563 pages de son ouvrage dans lesquelles une histoire sensationnelle, celle qui tient en haleine jusqu'au bout, un récit incroyablement bien ficelé, prenait son essor pour s'envoler dans les sphères de la fiction et revenait heurter de plein fouet la réalité afin de la bouleverser à jamais.

Il lui fallait donc rencontrer tous ces soi-disant spécialistes du livre le plus rapidement possible.

Il s'était ainsi retrouvé à Paris, loin de chez lui, dans un petit hôtel pour 4 nuits.

L'inspecteur, appelait sur les lieux, recueillait méthodiquement chaque objet pouvant l'éclairer. Il était chargé de les faire tous parler.

Sur la table de nuit, première témoin des rêves les plus enfouis, il retrouva une brochure portant le nom d'un cinéma, l'addition d'un repas rapide dans une cafétéria, une feuille de calendrier avec une date précise entourée en rouge. Au dos de cette feuille, un numéro de téléphone gribouillé en vitesse, une boîte d'allumettes et un rouge à lèvre.

À côté de son portefeuille et de ses lunettes de lecture, on pouvait voir également la lettre qu'on lui avait remise la veille au soir et qu'il était sur le point de déchirer après l'avoir lue. Mais cela, l'inspecteur l'ignorait encore. Il devait, pour le moment, remonter au premier jour.

Sans autre bagage que son sac de voyage, la victime était donc arrivée le 15 septembre à 16 heures d'après le registre de l'hôtel. Puis elle avait été retrouvée morte par la femme de ménage le 19 septembre en début de matinée.

L'inspecteur rangea tous ces objets dans sa mallette. Il se rendit, sans détour, au commissariat.

Installé à son bureau, il interrogea en premier la brochure portant le nom d'un cinéma. Rien ne laissait penser que la victime était allée voir un film. Le cinéma était situé à 10 minutes de l'hôtel en marchant d'un bon pas. Elle a très bien pu s'y rendre pour relever les films à l'affiche et prendre une brochure en sortant. Après un interrogatoire poussé, la brochure finit pas avouer qu'elle était, dans la journée du 15 septembre de 10 heures à 17 heures, distribuée au centre ville et à la sortie de la gare. C'est donc en arrivant que l'homme s'était vu remettre dans la main cette fameuse brochure. Comme la victime n'était pas du genre à jeter les papiers par terre, elle l'avait donc gardée pour la poser ensuite sur la table de nuit de l'hôtel.

L'addition d'un repas rapide dans une cafétéria fut moins longue à parler. Habituée à toujours tout expédier très vite, elle cracha le morceau sans difficulté. La victime, que nous appellerons Monsieur B pour rester dans le secret de l'enquête, avait bien commandé à 19h11 précise, le 15 septembre, un petit repas composé d'une salade, d'une part de fromage accompagnée d'un verre de vin et un yaourt en dessert. À la fraise, le yaourt, son parfum préféré après le chocolat pour être précis.

Celle qui eut plus de difficulté à parler fut la feuille de calendrier. Elle comportait au dos une double information capitale, un numéro de téléphone gribouillé en vitesse. Cette feuille souffrait d'une amnésie chronique depuis qu'elle avait été arrachée de son agenda. Il fut particulièrement complexe à l'inspecteur de comprendre pourquoi la date du 12 mars était entourée en rouge alors que nous étions en septembre. La feuille, un peu dure d'oreille également, tremblait sous les menaces répétées. Elle avait peur de finir en taule quand soudain, elle se souvient que la date entourée n'avait rien à voir avec l'affaire mais concernait un anniversaire d'un ami très cher vivant en Charente Maritime. Par contre, le numéro de téléphone, lui, était important. Elle suggéra à l'inspecteur d'appeler sans tarder. Il composa le numéro et s'est ainsi qu'il se retrouva à parler avec la bouche dont les lèvres avaient été colorées avec le rouge à lèvre retrouvé à l'hôtel et, bingo, ces lèvres-là avaient aussi tenu une cigarette allumée avec une des allumettes de la boîte qu'il tenait dans sa main gauche. Il pria alors la propriétaire de cette bouche de se rendre le plus tôt possible au commissariat. Quand la jeune femme arriva, l'inspecteur fut sous le choc. C'était une bombe ! Il regretta, en son for intérieur, d'être si occupé et surtout si marié puis, il revint en pensée à ce qui le préoccupait en se demandant comment une aussi jolie femme pouvait être reliée à une si sombre histoire. Elle ne pouvait être qu'innocente. Par professionnalisme aigu, il la confia tout de même à ses collègues. Ils lui confirmèrent que la jeune femme avait bien passé une nuit avec Monsieur B, celle du 16 au 17 septembre puis elle était partie sans jamais compter revenir. Elle ne pouvait donc pas être coupable de quoi que ce soit puisque la victime était morte dans la nuit du 18 au 19.

L'inspecteur revint aux objets, sa spécialité. Il lui restait à faire cracher la vérité au portefeuille sans perdre de vue les lunettes qui attendaient patiemment leur tour.

Le portefeuille se révéla pauvre en informations et les lunettes jurèrent n'avoir rien vu sauf une lettre que l'inspecteur avait failli oublier.

La lettre pleurait beaucoup parce qu'elle avait subi des violences. Monsieur B avait tenté, avant de mourir, de la déchirer. Elle en portait encore les stigmates. Puis, elle se laissa lire sans aucune retenue. L'inspecteur comprit que Monsieur B avait, pendant 4 jours, harcelé tous les éditeurs de la capitale et que l'un d'entre eux lui avait supplié de ne plus importuner personne. La lettre qu'il lui avait remise était le genre de lettre assassine qu'aucun écrivain en herbe souhaiterait recevoir.

En refermant le dossier, l'inspecteur saisit un tampon. Sur la couverture, le mot « suicide » apparut en rouge.

Affaire classée.

Published by Ecriture Créative - dans Textes des auteurs
1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 14:12

 

J’aurais bien aimé visiter l’Irlande, les grandes plaines verdoyantes du Connemara, couvertes de lac avec le soleil qui brille au travers de la pluie, ses pubs folkloriques, ses falaises sauvages, ses landes dénudées et que dire de l’accueil légendaire des Irlandais… J’en parle comme si j’y avais vécu…

Il fut un temps où je déambulais dans une Estafette Renault, l’équivalent du Combi Volkswagen, et lors de mes pérégrinations au travers de la France profonde, je fis la rencontre d’une jeune et jolie Irlandaise.

Nous ramassions les pommes dans les Hautes Alpes, pour moi ce n’était que mon gagne-pain, pour elle un stage culturel et cela ne prit guère de temps que nos deux solitudes finirent par se coller.

Nous passions de merveilleux moments ensemble, or, un jour où elle fut malade, je m’occupais d’elle tout naturellement, lui prodiguant les soins nécessaires à son réconfort.

À ce moment-là, les liens qui nous unissaient se resserrèrent, mais je n’ai pas compris tout de suite, je n’ai pas compris ses gestes au moment de nos adieux, je n’ai pas compris son regard embrumé, je n’ai pas compris cette main à la portière du train.

Pour moi ce n’était qu’un au revoir, qu’une étape dans ma vie et je ne l’ai pleinement réalisé que quelques semaines plus tard, lorsque je reçus d’elle une belle lettre sur papier rouge, agrémentée de charmants petits dessins, me proposant de venir rencontrer sa famille et découvrir son beau pays.

J’étais jeune et libre d’attache, j’aurais dû voler auprès de cette belle damoiselle, mais cette missive me brûla les doigts à tel point que je l’enfermais dans la boîte à gant de mon « mobile home » pendant plusieurs semaines.

À chaque fois que mon regard se posait sur elle, j’étais désemparé et n’osais y répondre.

L’amour, lorsqu’il vous frappe en plein cœur, peut parfois prendre un visage inquiétant, de crainte je n’ai jamais répondu à son appel de sirène.

Que serait-il advenu si j’avais fait le grand saut ? Ma vie aurait-elle pris un autre sens ? Serais-je devenu Irlandais ou m’aurait-elle suivi dans mes folies ?

Et maintenant, que me reste-t-il de cette rencontre ? Pour ainsi dire presque rien, si ce n’est que des regrets, celui de lui avoir causé un peu de souffrance, d’être passé à côté d’une belle histoire d’amour, dont je connaîtrais jamais le dénouement.

On dit qu’il ne faut jamais avoir de regret, et vous, n’en avez-vous pas ? Comment faites-vous ? Quel est votre secret ?

Si un jour vous passez par l’Irlande, dites-lui que je pense toujours à elle, que je regrette d'avoir perdu sa lettre, que j’ai oublié son nom mais que je n’ai pas oublié son doux visage et que le monde est grand…

Published by Ecriture Créative - dans Textes des auteurs