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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 14:15

 

Une chevelure, véritable tignasse de lionne des déserts africains, attachée par un bandeau aux coloris chatoyants, comme ces nombreux reflets auburn où les flammes de l'enfer semblaient vouloir danser sans la pudique retenue des folles passions du peuple des gitans, s'agitait sous la lumière blafarde d'une vieille lampe suspendue.

 

À la foire des artisans du Bas-Richelieu, sur des affiches placardées de cartes postales aux couleurs vives brillaient à l'ombre d'un soleil excessif.

 

Sous une tonnelle défraîchie, un revendeur d'images offrait aux rares passants des cartes postales d'une autre époque. Elles se présentaient dans un mélange disparate lieux, de monuments et de bâtiments sacrés et séculiers. Toutes façonnées en papier cartonné dont les dégradés de noir, de gris et de blanc mettaient en valeur leur unicité touristique.  L'on pouvait ainsi admirer des temples anciens, des chapelles, des lieux saints et des églises allant de l'antiquité en passant par le moyen âge pour se terminer aux époques post-modernes.

 

À l'intérieur d'une tente en toile gominée à la graisse de sapin, une tireuse de cartes préparait son attirail. Des jeux de cartes abîmés attendaient dans des boîtes vétustes. Mais les plus divinatoires d'entre elles étaient celles dites des jeux du hasard. Des tarots de toutes sortes, aux grandeurs, formes et couleurs variés.

 

Dans cette minuscule pièce enfumée, un plafonnier des années cinquante que l'on avait recouvert avec un vieux tissu semi-opaque autrefois d'un rouge sanguin vif faisait office d'éclairage.

Une nappe pourpre aux franges effilochées cachait un vieux meuble. Un chandelier de cuivre ouvragé trônait sur cette table branlante à trois pattes dont la patine avait certainement souffert dans le temps. Le résidu gommeux contenu dans l'encens de mauvaise qualité dont elle abusait pendant ses longues séances de spiritisme semblait aimer s'y déposer avec grand plaisir.

 

La jeune femme croisait et décroisait les bouts de son châle rapiécé. Elle frissonnait. Ses immenses yeux hagards se perdaient dans le vague. Une odeur fétide et froide persistait malgré le mauvais parfum qu'elle portait en profusion et qui remplissait toute la pièce. C'était l'odeur de la diseuse de bonne aventure. C'était l'odeur moisie et rance d'un passage ouvert conduisant au monde de l'insolite et de l'inconnu.

 

Elle s'apprêtait à brasser les cartes. Les yeux dans le vide du vague à l'âme. Un regard sans âge. Un regard de quelqu'un de désincarné. De déjà ailleurs. Pas tout à fait entièrement de ce monde.

 

Mais couper M'dame, mais couper  bon sang. Coupé. C'est pourtant facile à comprendre Dieu du saint ciel de mes deux...

 

Ben voilà... En trois tas et de la main gauche en plus. Celle du coeur.

 

Hum ! Le Pendu, la tête à l'envers, c'était pas ben ben difficile à comprendre... Et puis la mort à la Faucille, cette maudite faucheuse à tout vouloir détruire... Et enfin, voilà qui est bien tourné, madame la grande blonde... Ce n’est pas une blague et patati  et bla-bla-bla en veux-tu en v'l'a... Et pas foutu de voir la route. Ce chemin qui mène au loin. Faut pas croire tout ce qu'on vous dit ma p'tite madame.

 

Et je vous l'dis, soyez ben à l'aise. Il y aura le bonheur au bout du tunnel. Du soleil gros comme un gros rarissime diamant. Et un mariage en grand flafla et tout le tralala.

 

Et voilà ma belle madame, c'est tout ce  que me disent vos cartes.

Published by Ecriture Créative - dans Textes des auteurs
27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 14:08

 

Je coupe et je tire une carte.

Deux de carreau.

Je me tiens à carreau.

Je coupe et je retire une carte.

Carte d'identité.

Je suis repérée.

Nom, prénom.

Je dis non.

Âge et lieu de naissance.

Je n'ai plus d'essence.

Adresse et numéro d'identité.

Venez me chercher !

 

Je mélange les lettres du mot carte

Et me voilà suivie à la trace.

 

Je coupe et je tire une carte.

Roi de cœur.

Je n'ai pas peur.

Je coupe et je retire une carte.

Carte d'électeur.

De sa vie, on est acteur.

Les candidats à la présidence

Me crient : Vive la France !

J'ai déjà mes convictions.

Je ne changerai pas d'opinion.

Pour ne plus être dans l'opposition,

Que le meilleur gagne les élections.

 

Je mélange les lettres du mot carte

Et me voilà suivie à la trace.

 

Je coupe et je tire une carte.

Valet de trèfle.

Je fais du zèle.

Je coupe et je retire une carte.

Carte vitale.

Sécurité sociale.

Carte mutuelle.

Je me fais la belle.

J'ai mal.

Où est l'hôpital ?

Sans argent,

On me suce le sang.

Je veux être soignée

Sans être saignée.

 

Je mélange les lettres du mot carte

Et me voilà suivie à la trace.

 

Je coupe et je tire une carte.

Six de pique.

Crise économique.

Je coupe et je retire une carte.

Carte bleue.

Il en faut peu

Pour se retrouver dans le rouge

Et connaître la banqueroute.

Carte bancaire.

C'est l'enfer.

Je veux du cash

Et jouer à cache-cache.

 

Je mélange les lettres du mot carte

Et me voilà suivie à la trace.

 

Toi l'étranger sans carte de séjour,

Tu es bon pour faire demi-tour.

Toi le sans-papier sans carte d'identité,

Tu ne reçois même pas la pitié.

Toi le chômeur avec ta carte Pôle Emploi,

Tu ne sers qu'à pointer tous les mois.

 

Moi, je préfère les cartes de vœux

Pour faire ce que je veux,

Les cartes de Noël

Et regarder le ciel.

Réinventons les cartes routières

Pour supprimer toutes les frontières.

 

Moi, je préfère la carte postale

À la carte vitale

Je préfère dessiner une frise

Que de rouler avec la carte grise.

Je préfère la carte d'invitation

À la carte d'élection.

 

De toutes les cartes

Des bureaucrates,

Je fais des châteaux de cartes

Et je m'écarte

Pour les voir s'écrouler,

Ensevelies à jamais.

La vie n'est pas un jeu

Quel que soit l'enjeu.

 

Donnez-moi carte blanche

Et je déclenche

Une avalanche.

Published by Ecriture Créative - dans Textes des auteurs