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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 20:17

Nombre de petites filles ont eu pendant leur enfance un cahier de souvenirs. Ces carnets renforcés et cartonnés, parfois scellés d’un petit cadenas, qu’elles gardent jalousement puis font passer d’une main à l’autre, récoltant ainsi une mine de souvenirs, une ribambelle de dessins. Joséphine était de celles-là.

Elle prêtait son cahier tour à tour à tous ses amis d’école, spécialement à ceux qui allaient déménager, mais aussi à son ancienne maîtresse, à une monitrice de colonie, aux amis de ses parents avec qui elle avait partagé un après-midi de jeu ou une promenade en montagne. Elle avait inscrit une consigne en préambule afin que personne n’utilise de feutres dans ce cahier, cela traverse le papier et endommage la page suivante.

Ses amis utilisaient donc les crayons de couleur, le crayon papier ou même l’aquarelle pour coucher sur les pages des animaux, des paysages, de petites mises en scène ou une planche de bande dessinée. Les enfants accompagnaient leur dessin de la traditionnelle inscription «en souvenir de ton ami…», les adultes quant à eux ajoutaient souvent une citation ou une maxime sur la page de gauche: Il faut que quelque chose se taise pour que quelque chose soit entendu. - Là où est la volonté est le chemin. – Paie le mal par le bien et tu prives l’homme méchant de tout le plaisir que le mal lui procure. (Tolstoï)

Joséphine était une fille joueuse et rigolote, ses cheveux un peu fous le plus souvent rassemblés en deux nattes de chaque côté de la tête. Elle se rendait chaque semaine à l’école de cirque. Elle savait marcher sur un fil, pédaler sur un monocycle, jongler à quatre balles et faire rire l’assistance à l’aide de son bilboquet qu’elle maniait à la perfection et qu’elle intégrait à ses numéros de clown, irrésistibles.

Par ailleurs, elle saisissait chaque occasion de prendre part à une course en montagne. Elle se joignait volontiers à des groupes d’adultes, souvent amis de ses parents, pour gravir pentes et sommets. C’était l’occasion pour elle de tresser des couronnes de fleurs qu’elle déposait délicatement sur sa tête, mais surtout d’explorer les crevasses dans les rochers, les aspérités au pied des falaises, parfois même de petites grottes. En plus des morceaux d’ardoise qui faisaient habituellement sa fierté, elle trouva un jour un joli morceau de quartz dont elle faisait briller les cristaux aux reflets du soleil.

C’est lors d’une de ces excursions qu’elle rencontra Guillaume, un vieux bonhomme un peu bourru qui souriait d’un air malicieux quand personne ne le regardait et qui parlait peu, si ce n’est lorsqu’il se mettait à raconter des histoires. Il avait tout de suite attiré la curiosité de Joséphine parce qu’il collectionnait les papillons. Il s’écartait parfois du groupe de marcheurs, s’éloignait du chemin balisé, s’arrêtait au bord du précipice, immobile et silencieux, et revenait, le plus souvent les mains vides, parfois avec un papillon dans une enveloppe de papier transparent. Joséphine trouvait cela un peu triste de capturer un papillon qui, l’instant d’avant, volait librement dans l’air pur de la montagne. Mais en voyant les yeux brillants de Guillaume, elle comprenait qu’il était très important pour lui de compléter sa collection. Elle l’excusait, sachant qu’il ne prenait que les papillons qu’il ne possédait pas encore et laissait les autres s’envoler. Voyant son intérêt, Guillaume lui proposa un jour de venir chez lui pour voir sa collection. Joséphine accepta avec entrain, mais quelle ne fut pas sa surprise quand elle entra dans le petit appartement de découvrir des parois couvertes d’étagères, portant les objets les plus hétéroclites, du sol au plafond. Guillaume ne collectionnait pas seulement les papillons, il collectionnait tout ce qu’il est possible de collectionner: les cailloux, les coquillages, les marrons, les bouts de bois, les noyaux de cerises, d’abricots, de pêches et de dattes, les emballages de têtes de choco, de petits chocolats… Tous ces petits objets étaient soigneusement conservés dans des bocaux transparents de tailles diverses. Après s’être faufilés dans le vestibule, Guillaume et Joséphine pénétrèrent dans l’unique pièce où s’étalaient les rayonnages couverts de livres, classés par taille, les plus grands en bas, les plus petits en haut, et ensuite les albums de timbres, d’opercules et de cartes postales et bien entendu les précieuses boîtes de papillons. Il ne restait qu’un peu de place pour un lit, un fauteuil, un petit bureau qui servait également de table pour manger et une commode pour les habits, la plus pauvre des collections de Guillaume.

Devant l’air ahuri de Joséphine, celui-ci éclata de rire: «Tu ne t’attendais pas à ça? Je devrais trier un peu, c’est vrai, mais on ne sait jamais ce qui peut nous être utile un jour. J’ai toujours un projet en tête. Par exemple, je veux confectionner un livre minuscule avec des papiers de sachets de thé, c’est pourquoi je les sèche sur le radiateur.» Joséphine, n’osant en croire ses oreilles, tourna la tête et aperçut de petits carrés de papier alignés sous le rebord de la fenêtre. Encore toute interloquée, c’est un peu distraite qu’elle observa la collection de papillons. Elle en oublia presque de demander à Guillaume de faire un dessin dans son cahier de souvenirs qu’elle avait emporté tout exprès, espérant recevoir un beau dessin de papillon. Il fit une drôle de tête et posa le cahier sur son petit bureau. Elle repartit alors, toute attendrie, imaginant le temps que ce bonhomme pouvait passer à compléter toutes ces collections.

Lors des promenades suivantes, elle n’osa pas interroger Guillaume sur l’avancement de son dessin. Elle avait l’habitude d’attendre. Ses copines de classe et sa maîtresse d’école surtout l’avaient fait patienter des semaines entières. Elle pensait bien que Guillaume avait autre chose à faire.

Les années passèrent. Joséphine grandit. Elle rencontra d’autres personnes, poursuivit ses études, se mit à jongler avec les manuels de géologie, puis avec les biberons et les pampers.

Bien des années plus tard, elle reçoit, toute étonnée un téléphone de Guillaume qu’elle croisait encore périodiquement à l’occasion de fêtes d’amis communs, de mariages ou de rencontres imprévues au hasard des chemins. Il lui dit qu’il a retrouvé, au milieu de ses livres, quelque chose qui lui appartient. Il ne veut pas en dire plus. Ils fixent rendez-vous en fin de journée pour la semaine suivante. Entre-temps, Joséphine participe à un week-end en Sardaigne avec des étudiants en géologie, escaladant des falaises, descendant en rappel pour prélever des extraits de roche.

Le jour dit, elle traverse à pied les rues de sa ville, un bambin à la main occupé à tirer un chien à roulettes qui dodeline de la tête, l’autre dans le pousse-pousse. Ses pensées sont encore accaparées par la recherche qu’elle mène sur la détection des secousses sismiques dans la région. Elle jette un regard amusé sur le vendeur de fruits et légumes qui jongle avec des pommes pour attirer le client. Elle arrive à l’heure prévue au bord de la place. Guillaume est déjà installé au coin de la terrasse, un verre à la main, le sourire aux lèvres. Joséphine s’assied, commande un jus de pommes et deux sirops. Guillaume lui tend alors son vieux cahier de souvenirs. C’est comme un immense bond en arrière, un film qui rembobine des années d’histoire. Joséphine se retrouve petite fille, ses nattes bien tressées, son cristal à la main, escaladant les rochers et observant les papillons dont les ailes oscillent doucement. Elle revoit ses copines d’école en défilé, les dessins, l’amitié partagée, les conseils, les confidences. Une grande émotion monte en elle comme la lave d’un volcan, comme la sève au printemps et vient embuer ses yeux. Elle n’ouvre pas le cahier, elle le range dans son sac. Elle esquisse un petit sourire et dit: «Je le regarderai à la maison!» Ils parlent de choses et d’autres, écoutent le babil des enfants, puis ils se quittent avec une franche accolade.

Rentrée chez elle, les enfants couchés, elle feuillette le cahier et laisse ressurgir tous ces souvenirs. Elle revoit des visages, certains sont presque oubliés. Le déchiffrage des noms et des prénoms suscite d’autres émotions, tout comme la lecture des petits messages qui accompagnent les dessins. Lorsqu’elle termine, elle s’arrête sur une page blanche avant de découvrir le dessin de Guillaume, en noir et blanc. Un beau panorama de montagnes et au coin, au premier plan, un splendide machaon. Il manque la couleur, mais Joséphine reconnaît à coup sûr le tracé de ses lignes délicates. Le dessin est daté, près de vingt ans le séparent du dessin précédent. Guillaume l’a réalisé il y a quelques jours seulement, après avoir retrouvé le cahier au milieu de ses livres, souvenir oublié dans le flot des écrits. La jeune femme est touchée de cette attention vis-à-vis d’elle, vis-à-vis de la petite fille qu’elle a été. Le cahier de souvenirs aurait bien pu disparaître à jamais, elle ne s’en serait pas souciée. Pourtant, il demeure un collier de petits trésors qu’elle ressort maintenant de temps en temps les soirs de mélancolie.

Elle se dit alors que la personne qu’elle est devenue, la géologue, l’épouse de son mari, la mère de ses enfants contient toujours en elle la petite fille qu’elle a été, la jongleuse, l’exploratrice, la fille de ses parents, la pétillante, la collectionneuse. Les messages qu’elle a reçus enfant lui sont encore précieux aujourd’hui. Ces mots, quoique oubliés, sont des balises qui l’ont guidée.

Elle se dit que sa personnalité ressemble à un oignon, chaque étape de vie est comme une couche unique. Si seule la couche extérieure est visible, toutes les autres sont néanmoins présentes.

C’est comme les poupées russes que sa fille aligne délicatement sur le rebord de la fenêtre.

C’est comme les strates de la couche terrestre…

Published by Ecriture Créative - dans Textes des auteurs
22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 20:16

René venait de se relever de son labeur pour s’éponger le visage rougi par l’effort et ruisselant de sueur. Son épouse qu’il n’écoutait pas, lui avait bien dit de le faire où de bon matin ou le soir à la fraîche, mais René avait décrété qu’il s’y lancerait dès qu’il en aurait envie, c’était peine perdue. Elle lui avait même dit qu’il pouvait éviter de se donner tout ce mal, après tout… il pouvait bien se contenter de l’eau de la ville. Mais il était décidé et il n’y avait rien à faire. Elle n’avait donc pas insisté, sachant l’inutilité de la discussion qui s’ensuivrait. La chaleur de cet après-midi d’été avait un peu mis à mal son enthousiasme et il avait dû ralentir le rythme. Il avait déjà creusé un bon mètre de profondeur et il était loin d’avoir fini. Il le savait, le sourcier qu’il avait contacté, un vieux du bourg, qui était parait-il doué pour tout, même pour faire le mal… l’homme de l’art lui avait indiqué en laissant osciller la fourche de coudrier entre ses mains qu’il devra creuser huit mètres s’il voulait trouver l’eau. La grandeur de la tâche ne l’avait pas rebuté, loin de là. Huit mètres ne lui paraissaient pas si gigantesque que ça. Le sourcier, lui, était reparti avec son billet en haussant les épaules et sans commentaire.

Comme son épouse ne s’était pas donnée la peine de lui apporter à boire, malgré ses demandes et que la soif commençait à le tenailler, René était sorti de son trou pour aller dans la cuisine où madame s’affairait à faire la vaisselle. Il ne dit pas un mot, mais elle n’avait pas besoin de l’observer pour savoir qu’après avoir bu un verre de rouge, il s’en resservait un second dans la foulée. Le premier, comme il aimait à dire, nettoie la bouche, le second désaltère. Il s’était ensuite assis sur la vieille chaise de paille délabrée qui se trouvait devant la maison. Il l’avait toujours vue là et ces années d’exposition aux intempéries faisaient qu’elle tenait à peine sur ses quatre pieds vermoulus.

Il avait été étonné que cette maison qui disposait d’un petit jardin ne dispose pas d’un puits. Il ne savait pas trop l’histoire de cette demeure ancienne qu’il avait achetée avec son épouse il y a cinq ou six ans, il ne se souvenait plus la date, mais à quelques mois près c’était ça.

La fin d’après-midi arrivait, le soleil baissait à l’horizon et René était retourné à la besogne beaucoup plus clame qu’au début de l’après-midi. Il avait repris sa pioche et œuvrait à grands coups sur le sol. Jusqu’à maintenant il n’avait pas trouvé de caillou ou de roche trop grosse juste quelques cailloux plus ou moins gros. La pioche tomba tout à coup sur un endroit dur et où le tranchant de l’ustensile glissa lui rejetant de la terre dans la chaussure. Voyant cela il finit pas délaisser sa pioche et y alla avec les mains, tel un archéologue. Peu à peu il finit par mettre à jour ce qui avait dû être un espace carrelé, une pièce peut-être…le quart de l’espace ainsi dégagé en était couvert, sauf le reste où il put continuer de creuser une trentaine de centimètre et tomber de nouveau sur du dallage semblable au précédent et d’une largeur identique large d’environ trente centimètres. Il commença à pressentir ce qui pourrait être un escalier… Il arriva bientôt à la limite du cercle de creusement et s’il voulait savoir où cela allait le mener, il lui faudrait agrandir son trou de départ. Il était bien perplexe devant la tâche et qu’est-ce que sa femme allait dire s’il s’engageait dans pareille aventure…car c’était une aventure tout de même ! Qu’allait-il bien pouvoir invoquer pour expliquer à son épouse qu’il devait, pour bien faire, creuser en longueur une partie de la cour, sans savoir jusqu’où ?

Un trésor ! Pourrait-il s’agir d’un trésor ? Il la connaissait, le concret avait toujours eu à ses yeux, plus de valeur que l’hypothétique. Et là, ce n’était plus de l’hypothétique, mais de l’irrationnel !

Alors, dans un premier temps il préféra ne rien dire. Il continua à creuser agrandissant bien sûr le trou dans le sens horizontal. Pour masquer ses intentions à son épouse, qui d’ailleurs ne se souciait pas de lui, il avait choisi de creuser un genre de tunnel qui non seulement cheminait horizontalement, mais suivant ce qui devait être un escalier et qui descendait. Au sol on ne voyait, pour le moment, que le trou de départ parfaitement circulaire. Tant que la surface tenait… Mais arrivé au bout d’un certain temps la galerie était déjà longue de deux mètres. Il était sûr maintenant d’être tombé sur un ancien escalier ! Jusqu’où pouvait-il aller ? Là était la question à laquelle René n’était pas en mesure de répondre. Ce qui l’ennuyait le plus… c’était le risque d’effondrement. À ce moment-là, il était déjà invisible aux yeux de l’extérieur. Si son plafond venait à s’écrouler, il serait ensevelit. Mais il relativisa en se disant que ce n’était pas sa femme avec ses 45 kg qui pourrait faire écrouler son grand œuvre !

À contrario de cet après-midi où il avait eu tellement chaud au soleil, là, il goûtait au plaisir de la fraîcheur qu’il aurait eue dans n’importe quelle cave. Ça lui rappelait celle que ses parents avaient sous leur maison à la campagne. Mais ici, pour ce qu’il en savait, il n’y en avait pas.

Il n’avait pas vu le temps passer. Il était maintenant dans le noir le plus complet. Ne pouvant plus rien faire, il remontait à la surface escaladant les marches sur les genoux.

Dehors, le soleil s’était couché depuis belle lurette, comme son épouse d’ailleurs qui, n’ayant eu aucune réponse à ses appels pour qu’il vienne dîner, était partie se coucher.

Il jeta un œil vers la maison. Elle était plongée dans le noir le plus complet. Il la rejoignit en tentant de rentrer par la porte de la cuisine comme il l’avait fait quelques heures auparavant, mais celle-ci était verrouillée. Heureusement la porte principale ne l’était pas. Il put ainsi aller enfin se restaurer, les travaux de terrassement auquel il n’était pas habitué lui avaient creusés l’appétit.

Une fois terminé, il était de nouveau sur pied et songeait malgré l’heure tardive maintenant à se remettre au travail. Il avait réfléchi que tout compte fait comme dans son trou il était dans le noir cela ne changerait rien d’attendre le jour. Puisqu’il n’était pas fatigué, autant qu’il termine le travail d’autant que la curiosité dont la nature l’avait gratifié était conséquente et désormais le désir de savoir où pouvait bien mener cet escalier et ce qu’il cachait. L’idée d’un trésor devenait dans son esprit de plus en plus prégnant…

Il alla chercher dans sa remise une baladeuse et une rallonge électrique et s’engouffra à nouveau dans la cavité. Au contraire de la fatigue qu’il aurait pu éprouver, il avait une joie de vivre qu’il n’avait pas eue depuis longtemps, mais il garda son calme conscient de se trouver à un moment crucial dans son entreprise. Il allait peut-être découvrir un trésor, mais que pouvait-il bien être ?

Il avait maintenant creusé cinq mètres et les marches cessèrent, il tapait sur du sol dur, mais plus de dallage…il pouvait désormais presque se tenir debout et il fut tenté de taper plus haut, sur la partie verticale qu’il avait devant lui en pensant qu’il pourrait y trouver une porte. Après quelques coups de pioches sur la paroi qui lui faisait face pour sonder il crut comprendre au bruit qu’à l’arrière se trouvait un espace vide. Persuadé qu’il touchait au but, il s’était arc-bouté à la manière d’un lanceur de poids, la pioche tenue des deux mains, il la jeta avec toute sa force sur la paroi qui s’effondra dans un bruit terrible provoquant sa peur et le fit s’extirper de sa galerie plus vite qu’il ne l’aurait voulu. Les craintes étant passées. Il redescendit les marches enjamba les planches pourries et les gravas de toutes sortes et regarda effaré les lieux ainsi mis à jour.

Il se trouvait dans une cave où nombre de bouteilles apparemment vides jonchaient le sol. Des étagères en métal rouillé en supportaient encore un certain nombre qu’il ne chercha même pas à décompter. Il avança à pas comptés, dans les lieux. La cavité était assez grande et il n’avait désormais plus besoin de creuser. Il se dit à ce moment qu’il avait une sacrée nouvelle à annoncer à son épouse.

La baladeuse à la main il découvrait petit à petit le stock de bouteilles, celles déjà vidées jonchant le sol et celles encore pleines reposant pour certaines sur des étagères improbables. Il sortit de sa poche de pantalon son couteau suisse disposant d’un tire-bouchons et tenta d’ouvrir un premier flacon, mais le bouchon se désintégra dès qu’il voulut le tirer, si bien qu’une partie du contenu l’éclaboussa maculant ses vêtements d’un rouge profond. Il ouvrit une seconde bouteille avec un peu plus de bonheur, mais une fois ouverte il lui manquait un verre. Il n’hésita pas longtemps à boire au goulot, trop curieux de connaître le goût de ce breuvage abandonné à l’oubli. Le vin semblait fort et devait être passablement liquoreux. Il aimait justement ce goût particulier et continua dans ses recherches, goûtant plusieurs bouteilles de la même manière. Encore aurait-il eu le courage de remonter chercher un verre qu’il n’en avait plus la possibilité. Il titubait de…fatigue. La tête lui tournait et le comble survint lorsque l’éclairage s’éteignit subitement.

À l’extérieur, le jour était levé et madame cherchait son mari partout…elle ne l’avait pas trouvé à ses côtés dans le lit conjugal en se réveillant. Ça l’avait intrigué. Elle était bien sortie dehors mais n’avait pas osé regarder dans le trou béant qui ornait la cour, non pas que sa profondeur ait été de nature à provoquer le vertige, mais tout de même… elle préféra appeler les pompiers qui arrivèrent peu après. Elle eut beau expliquer aux intervenants qu’il était en train de creuser un puits pour trouver de l’eau, ils n’eurent pas l’air de la croire rajoutant qu’en ce cas le trou n’aurait pas dû être creusé dans ce sens. Elle n’osa rien rajouter. Quelques minutes plus tard, ils remontèrent son mari sur une civière pour plus de pratique, car ivre mort, il était dans l’incapacité de mettre un pied devant l’autre. Il divaguait même.

Et le pompier de conclure…vous êtes sûre que c’est l’eau qu’il cherchait, parce qu’à bien y regarder c’est du vin qu’il a trouvé !?

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