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10 avril 2007 2 10 /04 /avril /2007 19:07

Du blanc. Rien que du blanc.
Et encore, depuis deux ans seulement. Par amour. En tremblant et en serrant fort le bras de celui qui m'a fait boire mon premier verre de vin. J'étais terrorisée, convaincue que j'allais m'écrouler...
Jusque là, rien. pas une goutte d'alcool durant 35 ans, hormis peut être du champagne, occasionnellement.

L'odeur du rouge, le son de la bouteille qu'on débouche est longtemps resté synonyme de blagues vaseuses, de phrases inintelligibles, suivies d'approximation des gestes, de brusquerie puis de violence. Encore aujourd'hui j'entends la voix de mon père accompagner le "pop" du bouchon d'un "Tiens, on a tiré le dernier roi!". Sa gaieté d'alors n'est due qu'à l'anticipation de sa première gorgée. J'ai détesté ce gros rouge qui tâche, ces publicités pour des "vin de tables" ...  J'ai fait l'amalgame vin-violence, vin-gâchis, vin-médiocrité. Combien d'assiettes renversées, de carreaux cassés, de maillots arrosées puis enflammés, de repas écourtés, de coups, de cris, de larmes pour ces doses de rouge quotidiennes, devenues nécessaires...
Pas de rouge pour moi, non merci.
C'est tellement ancré, si viscéral... j'ai même voulu me convaincre que ce dégoût émanait de mon libre arbitre.
Mais aujourd'hui je sais. Ce rouge là cristallise les fêlures de mon enfance et ma peur des hommes. Il symbolise les déceptions et la perte de confiance en quelqu'un que je ne peux m'empêcher d'aimer. Même s'il a causé une implosion familiale. Même si aujourd'hui sa résidence secondaire est aux urgences pour cause de chutes, attaques imaginaires ou autre anémies... Même si les pompiers le connaissent aujourd'hui mieux que moi qui ne l'avais pas vu depuis plus de deux ans, vaincue par son alcoolisme. Je sais qu'au-delà de ses décalages horaires permanents, de la destruction quasi complète de ses neurones et du peu de cohérence qu'il lui restait subsite en lui une flamme, même faible, une pulsion...
C'est à elle que je dois la vie.
C'est à elle que je dois suis allée dire "adieu" pour ne pas garder en mémoire le corps décharné et abîmé de celui qui avait un jour été si fort.

Alors non, pas de rouge pour moi. merci.
Du blanc, rien que du blanc.

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10 avril 2007 2 10 /04 /avril /2007 19:05

Un parfum sépia de liberté, de gaieté

Sur ses cimes et jardins comme un frisson, flottant,

Des rues abruptes aux places à demi ombragées

Des éclats mouchetés de coloris, dansant.

 

Sur la place du Tertre ils ont tous ennobli

De leurs pigments bleutés des ciels tumultueux

Du Café Guerbois à l’Avenue de Clichy

Crayonnant d’allégresse les chemins boueux.

 

Trépieds au dos, toiles et tubes de pinceaux

Ils sont tout passés par la butte d’autrefois,

De l’huile au fusain, de Renoir à Géricault

Eclaboussant leur chevalet de grains narquois.

 

J’entends encore le bruissement de leurs doigts

Laissant échapper quelque relief pictural,

Rond-point des arts à main levée, traits maladroits,

Forêt bleue d’esquisses envolées sur leur toile.

 

De la rue des Saules à celle de l’Abreuvoir,

La fraicheur du petit village provincial

A vu  Picasso et Utrillo s’émouvoir

Dans une litanie de désordre automnal.

 

Etincelle fauve qui embrase la vie,

Inondant la butte de touches bariolées

La magie des pinceaux aux longues draperies

A fait de Montmartre le plus bel atelier.

 

Atelier des artistes, berceau du « Bateau »,

Où peintres et hommes de lettres s’abritaient,

Il fut un temps où Montmartre était le radeau

D’une Méduse à notre mémoire, accrochée.

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